Mario Testino, un Destin glamour

On ne devient pas une légende de la photographie par hasard. Derrière des clichés hors normes se dissimule souvent une personnalité hors pair. Voici le destin très particulier de Mario Testino.

Ses premiers pas dans l’univers de la photo

L’artiste est né au Pérou, d’une mère irlandaise et d’un père italien. Et, tout jeune, il se destine à être prêtre…De l’église à la photographie de mode, il n’y avait qu’un grand pas à franchir. Et il l’a fait. À l’université pontificale, il étudie le droit puis renonce à ses études pour découvrir Londres, seulement, il lui faut un visa étudiant pour pouvoir y rester et seule une école de photographie accepte de lui en fournir un.

C’est donc par hasard que Mario Testino apprendra le métier de photographe.

Il faut dire que le Pérou n’est pas un pays où l’on s’exprime facilement et librement. Sans doute, Mario a beaucoup de choses sur le cœur qu’il n’a jamais pu exprimer. Cette censure, il va la briser allègrement.

Une revanche sur l’enfance ?

Il fera ce qu’on lui interdisait de faire dans son pays natal, comme se teindre les cheveux en rose pour se faire remarquer et vendre avec plus de facilité des books à des modèles – et cela pour des sommes ridicules.  Il faut bien vivre.

Il sait tenir un appareil photo et s’en servir. L’aventure commence.

Aujourd’hui, il est un portraitiste de célébrités régulièrement sollicité par les titres les plus importants de la presse magazine (Vogue, Vanity Fair, V Magazine) et de nombreuses maisons de mode et de beauté. Il est également connu pour ses campagnes publicitaires pour Gucci et Dolce & Gabbana.  Ses couvertures pour Vanity Fair de la princesse Diana ont marqué les mémoires.

Princess Diana by Mario Testino
Princess Diana by Mario Testino

L’art de Testino

Le talent de Testino s’est affirmé lorsqu’il a accepté d’être fidèle à lui-même et d’apporter à la photographie européenne ses racines latines.

« Je suis Péruvien, et j’ai passé une partie de ma vie au Brésil. Je détonais un peu dans ce panorama et j’ai longtemps essayé de faire comme les Français. C’était absurde, je n’avais pas la même culture ou les mêmes connaissances. C’est à partir du moment où j’ai vraiment accepté mon pays, le fait d’avoir le sang chaud, d’aimer le sexy que ma ’magie’  s’est dévoilée. »

Il est toujours attentif aux besoins et à l’intérêt du client, il s’imprègne de leurs univers :

« Je veux comprendre l’essence d’une entreprise, et mettre mon regard, mon expérience au service de quelque chose qui lui appartiendra, qu’elle pourra s’approprier. Ce n’est pas moi la star : ce sont les marques.

Et les marques le lui rendent bien. Car, à leur tour, les marques l’écoutent.

C’est ainsi qu’il propose des modèles comme Cara Delevingne plutôt que Kate Moss à Burberry ou qu’il a réussi à imposer Gisèle Büdchen à une époque où les poitrines généreuses n’étaient pas en vogue dans le milieu de la mode.

Cara Delevingne by Mario Testino
Cara Delevingne by Mario Testino

Testino n’est pas seulement un photographe. C’est un dénicheur de « It girls ».  Un zeste commercial anime également sa démarche artistique ; mais contrairement à d’autres artistes, il en a conscience et revendique la recherche du profit.

« Je mesure le succès d’une campagne à la croissance économique de l’entreprise : si les ventes augmentent, je fais partie de ce succès. C’est quelque chose qui m’obsède. »

Mario Testino et les hashtags

C’est un des premiers à avoir su se servir des réseaux sociaux. En 2015, pendant quelques jours, il prend les reines du compte Instagram de Vogue Paris. Les comptes Facebook du photographe et celui de Vogue Paris furent aussi jumelés. Du jamais vu. Avec un journal illustré en images par le photographe pour Vogue Paris via le hashtag « Couture by Testino ».

Sa marque de fabrique : Des nues minimalistes, des images très simples avec un objet fétiche : la serviette blanche.

Mario Testino's festish object: a white towel
Mario Testino’s festish object: a white towel

Elle est à Testino ce que la chemise blanche est à Lindbergh.  La serviette sert à conserver une pudeur naturelle. La femme ne se cache pas. Elle tient l’objet fétiche de Testino, ce qui lui permet d’affronter sans gêne l’objectif de l’artiste. Elle correspond au drapé des sculptures de Michel Ange et le photographe sait donner à ce simple objet en tissu des reliefs travaillés.  Comme Michel Ange, il a aussi une passion pour les modèles masculins.

En témoigne la récente photographie de Neymar nu dans sa serviette blanche.

Neymar by Mario Testino
Neymar by Mario Testino

L’influence du célèbre photographe britannique Cecil Beaton est clairement visible dans le travail de Testino. Il lui emprunte la simplicité des lignes et des points de vue. Une mise en scène réduite et la recherche de la sincérité du modèle. Il y ajoute sa touche personnelle avec des couleurs vives et un flash sexy.

Pour explorer en profondeur l’art de Testino, un rendez-vous sur son site officiel s’impose (www.mariotestino.com) et pour les afficionados un aller-retour au Pérou pour visiter le musée Mario Testino qui était au départ, une maison du 19ème siècle que l’artiste a acquis puis transformé en musée. La fondation Mate se trouve à Lima et a pour but de promouvoir l’art international.

Mario Testino's portrait
Mario Testino’s portrait

Il va sans dire que Mario Testino est une véritable légende du monde de la photographie de mode.

Partagez-nous votre oeuvre préférée de Mario Testino en commentaire!

Thierry Azzopardi

La Relation Tumutueuse entre la Photographie de Mode et l’Art

La photographie de mode et l’art font-ils bon ménage?

Article in English

Si l’on en croit le récit officiel, la photographie d’art et la photographie commerciale sont comme l’huile et l’eau : elles ne se mélangent pas. Le monde de l’art snobe la photographie commerciale pour son anti-intellectualisme et sa superficialité et, à leur tour, les photographes commerciaux dédaignent la photographie d’art, car ils la perçoivent comme étant pompeuse et incompréhensible. En tant que photographe, l’une des premières choses que vous devez donc faire est de choisir votre camp, puis de vous y tenir.

Car tout photographe qui tente de franchir les frontières hautement contrôlées entre l’art et le commerce sera retenu par les gardiens de l’industrie.

Et même si vous parveniez à franchir la frontière, essayez donc de garder vos références artistiques intactes dans le monde de la mode, et cela, tout en payant votre loyer !

Quand bien même, si vous parveniez à obtenir des missions pour des éditoriaux prestigieux et branchés, ne soyez pas surpris si vous vous retrouvez à devoir régler la totalité de la facture de votre poche pour le « privilège » d’apparaître dans le magazine. Car, comme pour les commissions éditoriales du mannequin, plus la publication est réputée, plus le budget est faible.

Inciter les photographes en herbe à travailler pour ce genre d’éditoriaux très médiatisés mais mal payés est une fabulation dont s’accommode l’industrie et selon laquelle il en résulterait un travail publicitaire lucratif. En réalité, bien que la dimension « artistique » de la photographie puisse apporter beaucoup de lauriers à l’industrie de la mode, il est très rare que la véritable intégrité artistique se traduise en argent liquide. Cet argent, au contraire, ira aux photographes estampillés “commerciaux” qui ont choisi une voie moins risquée.

Cependant, pour ceux qui souhaiteraient passer de la photographie commerciale à artistique, le chemin vers la réussite sera d’autant plus ardu. Essayez donc de vous présenter en tant que photographe de mode dans une salle remplie de gérants de galeries d’art et de collectionneurs ; vous pourriez tout aussi bien les informer que vous êtes porteur du virus Ebola et vous recevriez certainement le même accueil.

Les divisions entre le monde de la photographie d’art et le monde de la photographie commerciale sont-elles vraiment aussi clairement définies et antagonistes ? Les deux industries sont-elles destinées à ne jamais se croiser ? Ou seraient-elles plutôt comme les deux faces d’une même pièce : chacune essentielle à l’existence de l’autre ?

La relation changeante de la photographie avec l’art

Il y a juste quelques décennies de ça, on n’identifiait pas la photographie à l’art. Il y avait la photographie de mode, la photographie publicitaire, le photojournalisme. Mais la « photographie d’art » était un oxymore : tout était commercial.

L’art désignait la peinture et la sculpture, et non pas une représentation de la réalité générée grâce à une machine.

Aujourd’hui, avec le travail d’artistes tels que Andreas Gursky, Richard Prince et Jeff Wall, désormais exposés dans les plus grands musées d’art du monde et dont les photographies s’arrachent à prix d’or. La place du médium dans le monde de l’art est désormais parfaitement assurée. Cependant, les anciennes divisions entre les sphères commerciales et artistiques sont-elles encore à l’ordre du jour ?

Du monochrome à la couleur

Oui, dans une certaine mesure. Pourtant, même dans les années 70, certains photographes intrépides avaient réussi à dépasser ces barrières. Dans les années 1960, si une photographie était considérée comme « artistique » plutôt que comme journalistique ou simplement technique, on faisait systématiquement référence aux qualités « expressives » et élégantes de la photographie en noir et blanc. En revanche, la photographie couleur était considérée comme étant ordinaire et vulgaire. Elle était réservée aux mariages, aux brochures de croisières ou aux publicités vantant les mérites de produits ménagers.

Puis, est arrivé William Eggleston qui eut l’audace d’introduire des images aux couleurs saturées d’objets du quotidien, tels que des condiments ou des ampoules, au Museum of Modern Art. Eggleston et une poignée d’autres avaient compris le potentiel radical d’appropriation des techniques de la photographie commerciale et de leur application à des activités plus artistiques, changeant ainsi à jamais ce que l’on pourrait qualifier de photographie « d’art ».

Du romantisme au réalisme

C’est également à cette époque que Nan Goldin commença à documenter sa propre vie et celle de son cercle d’amis dans les scènes New Wave et LGBT + de Manhattan. Si Goldin est devenue une icône de la photographie d’art, c’est en grande partie grâce au portrait honnête et sans censure qu’elle fait de son environnement, et en particulier d’elle, car ses photos témoignent de la violence domestique dont elle a fait l’objet, de son rapport à la toxicomanie ainsi que du sida qui a emporté certains de ses amis.

Curieusement, c’est la photographie de mode qui a influencé Goldin lors de ses débuts. Les images qu’elle a produites à la fin des années 70 et au début des années 80 étaient pourtant très éloignées de ce genre. Brut, spontané et souvent riche en contenu, le travail de Goldin créait une esthétique qui se voulait anti-esthétique.

Du brillant et du style

Pendant ce temps, le directeur artistique et illustrateur Jean-Paul Goude était en train de se forger une brillante carrière en tant que photographe de mode. Ce dernier a su se démarquer grâce à ses nombreuses compétences et techniques acquises au cours de sa précédente carrière. Aujourd’hui, on se souvient tout particulièrement de Goude pour les pochettes d’albums saisissantes et ultra-stylisées qu’il avait produite au tournant des années 1980 pour sa compagne de l’époque, Grace Jones. À travers l’objectif de Goude, Jones devint un super-héros ciselé et androgyne.

Goude était sans aucun doute un photographe “classique” très compétent. Grâce à son expérience de directeur artistique, il savait créer des décors de studio élaborés qu’il utilisait pour mettre en scène ses sujets dans des scénarios fantastiques. Mais ce qui fait réellement de Goude un artiste précurseur c’est son travail autour de l’image : il allongeait les jambes de ses modèles, les peignait, les dessinait ; enjolivait leurs visages ; en les transformant ainsi en une perfection stylisée plus grande que nature. Et tout cela à la main, à une époque où des logiciels tels que Photoshop étaient à peine concevables – et encore moins disponibles.

Brut et impitoyable

L’approche de Goude en matière de photographie de mode se révélera avoir une influence considérable tout au long des années 80 – une décennie marquée par une recherche excessive de la perfection, allant souvent jusqu’à l’artifice voire la caricature. Ce n’est donc peut-être pas une coïncidence si, en guise de réaction au grand raffinement du monde commercial de l’époque, certains photographes d’art ont commencé à expérimenter des techniques empruntées à la photographie vernaculaire « low-brow ».

Auparavant, on s’attendait à un flash impitoyable, dans des décors dépourvus de glamour, comme la photo d’un maire de village inaugurant un nouveau supermarché ou encore une photo au format tabloïd illustrant une scène de crime. Cependant, une méthode aussi rudimentaire n’a pas sa place dans la photographie d’art. Mais tout comme Eggleston et d’autres l’avaient fait avec la photographie couleur dans les années 1970, et peut-être aussi en suivant l’approche abrasive de Nan Goldin, des photographes tels que Paul Graham et Martin Parr ont commencé à utiliser le flash pour leurs photographies documentaires « sérieuses ». C’est ainsi que cette technique directe et peu flatteuse s’est transformée en un outil acceptable dans l’arsenal de l’artiste photographe.

Credit:  Evolution Atlanta via Flickr: https://www.flickr.com/photos/evolutionforever/
Nineties fashion photography was strongly influenced by the underground rave scene.

L’anti-Fashion est à la mode

Curieusement cependant, dans les années 90, le monde commercial se réappropria ce style. En effet, une nouvelle génération de photographes de mode réagissait contre le perfectionnisme à épaules rembourrées colportées par les publications de mode sur papier glacé de la décennie précédente. Étroitement lié au mouvement ‘rave’ britannique et à la popularité du Grunge au début des années 90, un style de photographie de mode plus spontanée, brut et sans prétention allait apparaître dans les magazines culturels de mode londoniens i-D et The Face.

Les images retouchées des années 80 ont été remplacées par la tendance « héroin chic » et des photographes qui, quelques années auparavant, n’auraient peut-être jamais envisagé une carrière dans l’industrie de la mode, se sont inspirés de la culture rave pour leur travail, créant ainsi une sorte de travail documentaire hybride entre cette culture et la mode. C’était une école de photographie de mode qui rejetait la perfection stylisée de la décennie de Goude et cherchait plutôt une inspiration plus sérieuse dans les photographies documentaires de Graham, Parr, Larry Clark, et en particulier dans les œuvres spontanées et intimes de Nan Goldin, composées de manière plus “non-chalante”.

Time’s Up! Environmental Organization via Flickr: https://www.flickr.com/photos/txup/
Nan Goldin’s raw documentary influence could be seen throughout the ‘90s and even today.



L’Élite, ce sont les Marginaux

Ce regain d’intérêt pour son travail a permis à Goldin de s’épanouir en tant qu’artiste. Et paradoxalement, le style anti-fashion qu’elle avait inventé dans les années 70 est devenu le look par défaut de l’industrie de la mode. Goldin a elle-même assuré la production de grandes campagnes.

Pendant ce temps, la progéniture spirituelle de Goldin a également atteint le sommet de l’industrie de la mode et l’a même transcendée. Par exemple, Juergen Teller a conçu des campagnes publicitaires décalées et subversives pour des marques telles que Jigsaw et Marc Jacobs, avant de décider qu’il souhaitait devenir un artiste sérieux et de se photographier nu (car c’est bien ce que font les artistes, non ?). Et Wolfgang Tillmans qui avait débuté la décennie en créant des images de mode décalées pour i-D et Interview, débutera l’an 2000 avec le très prestigieux prix Turner.

Cependant, Corinne Day, photographe qui s’est fait connaître au début des années 90, a peut-être été l’héritière la plus évidente de l’approche intime de Goldin en photographiant une très jeune Kate Moss pour The Face. Les photos de Day peuvent paraître aléatoires et irréfléchies (du moins en surface). Cependant, cette dernière avait un sens aigu de l’esthétique et, lorsque son livre Diary a été publié à la fin de la décennie, ses compositions inclinées, angulaires et faussement accidentelles ont influencé toute une génération de mitrailleurs nombrilistes et ambitieux.

En tant qu’ancienne mannequin, Day était, dans une certaine mesure, une initiée de l’industrie de la mode. Ce qui fait d’ailleurs l’attrait de ses photos tient sans doute au fait qu’elle a documenté le mode de vie hédoniste de ses amis modèles – généralement dans un environnement plutôt maussade et insalubre. Les photos de Day sont devenues d’autant plus émouvantes lorsqu’on lui diagnostiqua une tumeur au cerveau, dont elle expliqua le traitement avec une honnêteté poignante.

Et même si Day avait commencé en tant qu’enfant rebelle de la photographie de mode, avec des compositions radicalement « inappropriées » et des sujets trash, peu avant sa mort, elle s’était convertie en une photographe de mode « ordinaire » travaillant pour Vogue.

Le fond et la forme

Chevauchant le pas de Corinne Day sur le chemin de la royauté de la mode, bien que voyageant dans la direction opposée, Taryn Simon débuta sa carrière en tant que photographe commercial. Elle a également travaillé pour Vogue et a signé des campagnes publicitaires pour Chloé, Cesare Paciotti et d’autres créateurs alors qu’elle a toujours la vingtaine. Certes, Simon a toujours eu un air un peu plus rebelle que le photographe Vogue moyen. Ses premières photographies de mode étaient tout de même bien loin des projets photographiques actuels, plus cérébraux et documentés qui lui ont d’ailleurs apporté sa renommée dans le monde de l’art « sérieux ».

Il est toutefois intéressant de noter que pour s’affirmer en tant qu’artiste, Simon a dû effacer toute référence à son passé commercial.

Bien sûr, avec les férus de forums de la mode capable de ressortir de vieilles campagnes et des reportages éditoriaux de l’ère de l’analogique, ce n’était qu’une question de temps avant que la précédente incarnation photographique de Simon ne refasse surface. Mais avec son statut de poids lourd dans le monde de l’art désormais si fermement établi, de telles révélations sont peu susceptibles de lui causer du tort.

Ajouter du fond à la forme…

Les premiers travaux de Simon ont clairement été influencés par les photographies de Philip Lorca diCorcia. À la fin des années 70, Lorca diCorcia avait commencé à utiliser des techniques d’éclairage de studio propre à la photographe publicitaire et à la photographie de mode. Seulement, il se contentait de déclencher des flashs dissimulés pour photographier de « vraies » personnes plutôt que des modèles professionnels. Et alors que l’influence du grunge post-Goldin s’estompait vers la fin des années 90, l’œuvre plus cinématographique et plus techniquement aboutie de Lorca diCorcia a trouvé son heure de gloire.

Il est intéressant de noter que malgré le fait qu’il soit considéré comme une superstar dans le monde de l’art avec des spectacles au MoMA et dans d’autres lieux prestigieux, Lorca diCorcia a également reçu des commandes de publications par des magazines de mode tel que W Magazine, bouclant la boucle une nouvelle fois entre le monde de l’art et celui de la photographie commerciale.

Du champ de bataille au podium

Plus récemment, le photographe documentaire membre de l’agence Magnum, Paolo Pellegrin, a réalisé plusieurs campagnes publicitaires pour Fred Perry. Et s’il est peut-être difficile de considérer Pellegrin comme un « photographe de mode », il n’en reste pas moins un photojournaliste réputé et l’on retrouve d’ailleurs dans de grandes expositions ou bien dans des galeries et des musées consacrés à son travail.

Choisir ce photographe de guerre acharné pour photographier des polos peut donc s’avérer surprenant.

D’autant que, stylistiquement, les images claires et nettes créées pour Fred Perry sont à mille lieux de la photographie de guerre.

La raison pour laquelle la marque a choisi de travailler avec ce photographe de guerre parmi toute cette horde de photographes de mode nous reste inconnue. Néanmoins, cela témoigne du fait que les divisions entre les genres photographiques ne sont peut-être pas aussi fermement enracinées qu’elles l’étaient auparavant.

Pour conclure…

Le monde commercial s’est toujours inspiré du monde de l’art.

Cependant, il est bien moins reconnu que l’inverse est également vrai. Car, les artistes contemporains cherchent toujours un moyen de renverser les valeurs de la génération précédente et d’élargir le sens du mot “art” lui-même. Ceux qui travaillent souvent avec la photographie saccagent également le monde commercial à la recherche d’idées « taboues ».

De plus, les barrières autrefois rigides entre les domaines de la photographie commerciale et de la photographie d’art sont devenues un obstacle beaucoup moins important qu’il ne l’était il y a quelques années encore.

Viviane Sassen est une photographe qui parvient à passer la barrière du monde de l’art et celui de la mode sans difficulté. Les compositions colorées et graphiques de Sassen englobant le portrait, la photo de mode avec quelques hybrides de natures mortes et paysages insolites, ont fortement influencé le domaine de la mode et de l’art ces dernières années. Cependant, plutôt que de commencer d’un côté de la ligne de démarcation et de la laisser ensuite de l’autre, Sassen semble être tout à fait à l’aise pour chevaucher ce terrain varié. Elle réalise des expositions et des livres de son travail personnel tout en tournant régulièrement des éditoriaux et des campagnes de mode. Son travail est harmonieux et ne montre aucun signe de schizophrénie, et cette attitude fluide vis-à-vis de la photographie ne semble pas non plus avoir nui de façon notable à sa carrière.

Néanmoins, il convient de revenir sur le cas de Taryn Simon : pour rétablir sa carrière dans le domaine artistique, Simon a dû se réinventer avec précaution, et pour cela, il a du occulté son passé. Probablement, cela signifie qu’il subit encore un préjudice considérable de la part de l’industrie de l’art à l’encontre des photographes « altérés » par association avec le monde commercial – en particulier si les photographes souhaitent se positionner à un niveau plus intellectuel. Même aujourd’hui, un photographe qui tente de passer d’une carrière commerciale à une exposition dans des galeries et des musées rencontrera probablement de nombreux obstacles qui l’empêcheront d’accéder aux échelons les plus prestigieux de l’industrie de l’art.

La relation entre l’art et la photographie commerciale reste tendue, méfiante, voire paradoxale, mais néanmoins hautement symbiotique. De plus, la frontière entre les deux secteurs est probablement plus poreuse que jamais. Toutefois, si de nos jours de franchir la frontière entre la photographie d’art et la photographie commerciale, cela ne signifie pas nécessairement qu’un photographe qui espère combiner ces deux disciplines trouvera le chemin du succès.

Si cet article vous interpelle, n’hésitez pas à réagir en commentaire !

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Etes-vous photogénique ?

La photogénie est la capacité à bien figurer sur les photographies.

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En effet certaines personnes au visage “ordinaire” apparaissent comme plus belles sur un cliché. L’inverse est aussi vrai tandis que certaines belles personnes perdent leur beauté devant l’objectif . Comment l’expliquer?

Pour définir la photogénie il me semble important de revenir sur le terme de la beauté.

La beauté est « la qualité, état de ce qui est bon » sans lien sémantique avec l’esthétique. Qualité de ce qui est beau, esthétique à la perfection. Synonyme de ravissement, éblouissement à l’extrême. Elle peux avoir pour sujet un homme, une femme, un objet ou un paysage.

Pour les photographes la photogénie est une chose importante, un modèle photogénique vous facilitera la tâche. Un visage prenant facilement la lumière, une architecture de visage rendront le cliché du photographe valorisé.

L’oeil du photographe

Un photographe à l’art de percevoir la lumière, son œil est naturellement attiré par l’éclat d’une beauté selon sa culture, son goût et sa personnalité.

Un visage photogénique peux vous interpeller, comme une situation révélant un sujet.

L’oeil du photographe est de mettre en avant la beauté d’un visage, d’un corps.

Vous devez rapidement observer votre modèle pour savoir d’ou la lumière prends le mieux : face, profil, trois-quart, en oeuvrant avec différentes inclinations.

Si vous avez un modèle photogénique sous plusieurs angles votre travail sera d’autant plus facile !

Une rencontre avant tout…

Un visage photogénique  peux aussi vous donner de l’inspiration.

L’aisance engendre parfois de belles idées, surtout si l’univers du photographe est stimulé.

L’inverse est aussi possible, vous pouvez photographier un modèle « photogénique » et ne pas être stimulé car ce visage très esthétique ne vous émeut pas. Vous aurez de « beaux » clichés mais qui ne reflètent pas votre travail, votre univers.

Une beauté subjective

C’est pour cette raison que la photogénie ou le terme de beauté sont suggestifs. Certains photographe préfère les « gueules » beautés atypiques aux beautés « classiques » préférées par d’autres.

Il est important de souligner qu’un visage photogénique peux tendre vers le non photogénique si ce dernier est mal mis en valeur.

Une personne peux avoir des qualités photogéniques et obtenir un portrait décevant si « la rencontre » ne s’est pas produite. J’entends par rencontre une réussite de communication entre le modèle et le photographe (article précédent).

Une histoire d’éthique…

Selon François Cheng « à quoi bon parler de la beauté si ce n’est pas pour tenter de rendre l’homme au meilleur de lui-même ?

L’écrivain dit que l’esthétique ne peux atteindre le fond d’elle même qu’en se laissant subvertir par l’éthique. C’est cette éthique qui nous fait revenir à la relation entre les êtres, à la relation dans la photographie entre le photographe et son modèle.

Flora Mathieu

Ellen Von Unwerth, photographe et mannequin…

« Mon univers est un monde de femmes avec comme accessoires … des hommes (rires) » …

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Ellen Von Unwerth est la preuve que la photographie de mode n’est pas l’apanage des hommes. Ses photos n’ont rien à envier aux maîtres masculins car, cette ancienne modèle allemande devenue photographe, offre un regard fort et novateur sur la mode. Alors que certains auraient pu craindre qu’une femme pose un regard trop tendre sur les autres femmes, voilà un préjugé que celle qu’on prénomme Von a tout simplement balayé.

Ces clichés sont parfois troublants, sexy, provocateurs voir même dérangeants. Von a été la première à photographier Claudia Schiffer et à avoir remporté le premier prix au « Festival international de la photographie de mode » en 1991. Ses photographies de Vanessa Paradis, de Kate Moss, de Rihanna, entre autres, ont fait le tour du monde. Son travail apparaît dans des magazines prestigieux comme Vogue et Vanity Fair. Elle a également assuré les campagnes publicitaires de grandes marques telles que Guess, Chanel ou Diesel. Son œuvre a été présentée dans Archaeologye of Elegance en 2002 et au Fashioning Fiction organisé par le MoMA PS1en 2004. Son roman photo Revenge s’est accompagné d’expositions dans les plus grandes capitales.

Photos cinétiques…

« J’aime saisir et capturer la personne en mouvement tout en racontant une histoire. »

Son secret réside certainement dans le mouvement. Il y a dans ses photographies une mise en scène cinétique qui donne vie à ses modèles. Elle a commencé à prendre des photos de ses amies mannequins en leur laissant choisir leur pose puis a décidé d’imposer une esthétique où la pudeur n’a pas sa place.

Comme le confiait Vanessa Paradis, poser avec Von est un exercice très amusant : on entre dans l’univers de l’artiste et on se laisse aller à ses excentricités car on sent que c’est une véritable artiste. Von Unwerth explore des fantasmes féminins qui lui sont familiers et ne s’embarrasse pas de principes. Ses modèles prennent un plaisir non dissimulé à boire, fumer, manger, etc.

La spontanéité de ses images et le reflet du bonheur qu’on ses modèles n’échapperont pas à l’amateur de photo d’art. En témoigne cette photographie sur laquelle trois très belles blondes croquent ensemble la même pomme d’amour. Erreur finalement car les modèles ne mangent pas, ne boivent, de fument pas vraiment chez Von Unwerth – elles font semblant. L’essentiel est ce décalage entre l’activité proposée et le corps, les regards qui partent ailleurs.

Von raconte la double vie de ses modèles : Vanessa Paradis lisant un magazine mais regardant ailleurs, affichant un désir dont elle seule détient le secret. Objet de désir, mais aussi actrice du désir qu’elle provoque.  Ou bien David Bowie et Kate Moss qui pose lascivement, alors que le sourire et le regard de Bowie ne sont pas posés sur Kate. Dioni Tabbers qui boit du lait mais pense résolument à autre chose. Et Von s’amuse de ses clins d’œil qu’on croyait liés à la virilité. (Voir son livre « Fraulein » consacrée à la sexualité féminine)

Eva Herzigova

Une photographie féminine ?

Von a su se démarquer en donnant du pouvoir à ses modèles qui semblent toujours être maîtresses de leurs désirs.  Des clichés qui, bien qu’ils soient dénués de toute pudeur, n’accable pas les femmes pour autant. Bien que représentées comme des objets de désir, leurs regards restent puissants et jamais avilis. Elles ne sont pas de simples objets de plaisir, mais au contraire, elles participent à la fête- elles sont des détonateurs de volupté. Ellen Von Unwerth a su casser les codes de la photographie de mode et a amené la femme à s’amuser du désir des hommes. En témoigne ce cliché d’une superbe féline qui traverse la route avec un routier qui la prend bêtement en photo du haut de son camion.  

Les hommes sont toujours un peu bêtes chez Von Unwerth. On leur fait facilement tourner la tête. Et elle le sait. Elle confie dans une interview :

“Mon univers est un monde de femmes avec comme accessoires … des hommes (rires) “…

La photographe allemande adore donner à ses modèles des poses de pin up un peu idiotes sans ignorer le pouvoir que ces clichés peuvent avoir sur la gent masculine. Von aime les ingénues, car, bien entendu, elles trompent leur monde. Souvent ses modèles ont une sucette ou un doigt entre les lèvres. Un spectacle qui éveille le désir et dont Von se régale.

Sa série Revenge, par exemple est devenue un classique du genre. Ellen Von Unwerth explore ici son imaginaire avec des photos en noir et blanc qui nous transportent dans un univers mêlant fétichisme et féminité. Les regards croisés de ses modèles sont étudiés avec une grande maîtrise. Les femmes prennent leur revanche, et Von s’en amuse follement.

D’ailleurs, sur les photos que les paparazzi ont pu prendre de la photographe allemande, on la voit toujours arborer un sourire éclatant.

Ellen Von Unwerth

Elle l’avoue elle-même. C’est parce que la photographie l’amusait que le modèle a abandonné l’univers glamour des défilés de mode pour passer derrière l’objectif. Et cela, pour notre plus grand plaisir.

Benetton Campaign

Devenir modèle de nos jours : la forme et les formes !

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On pense souvent que bien des choses étaient plus simples autrefois.

Birth of Venus
XIR412 The Birth of Venus, c.1485 (tempera on canvas) by Botticelli, Sandro (1444/5-1510); 172.5×278.5 cm; Galleria degli Uffizi, Florence, Italy; Giraudon; Italian, out of copyright

En 1900, pourtant, être modèle était bien plus complexe qu’aujourd’hui. Avec la mondialisation, les nouveaux moyens de communication, les networks, la multiplication des réseaux sociaux, travailler dans le secteur de la mode est certainement devenu plus accessible.

Alors qu’il fallait compter sur la chance pour être repérée par un photographe ou un directeur d’agence, il existe aujourd’hui mille et une façon de faire connaître son travail.

Un modèle doit sans cesse penser à cela pour ne pas perdre courage.

La chance ? Une pléthore de sites, de books en ligne, de plateformes professionnelles diminuent le facteur chance et donnent raison à celles qui maîtrisent à la fois leur image et les instruments de leur communication.

Etre belle est devenu plus simple

Un nez trop grand, un défaut de peau, une dent cassée et vos chances de poser pour un photographe étaient anéanties. Aujourd’hui des techniques de maquillage et d’esthétique, permettent de sublimer des petites différences qui peuvent être perçues comme des défauts. Les particularités donnent un style. En France en particulier et de toutes façons, on privilégie le mode naturel. Le “make up nude”, le naturel d’un visage plutôt que le sophistication poussée à l’extrême.

Le charme réside dans des imperfections qui captivent et sont assumées.

Vicktoria Modesta, Moffy, Winnie Harlo, Aimée Mullins ont réussi dans ce métier malgré des handicaps spécifiques.

Nip Tuck
The TV show Nip Tuck highlights the excesses of plastic surgery

La beauté s’est diversifiée

De plus les canons de beauté étaient auparavant très peu fluctuants. Jusqu’au 20ème siècle on a toujours favorisé dans les pays occidentaux un type de femme à la peau très blanche, aux hanches larges et à la poitrine généreuse. Un seul type de femme s’imposait sur le siècle.

Portrait par Francisco Jose Goya

Par ailleurs, jusqu’au 19eme siècle, les modèles posaient uniquement pour les peintres. En outre, être belle nécessitait des efforts surhumains. C’est à base d’arsenic que les femmes du Moyen Age s’épilaient ! Et pour que tout cela ne repousse plus on leur conseillait d’appliquer du sang de chauve souris…

Marylin Monroe dans les années 50 pensait que s’enduire le visage de vaseline ralentissait le vieillissement.

Fort heureusement aujourd’hui, la qualité des cosmétiques garantissent aux femmes modernes le respect de la nature leur épiderme. On peut être belle de façon plus efficace et le rester plus longtemps.

L’explosion des mannequins ethniques

Benetton Campaign

Aujourd’hui,  les mannequins ethniques ont la cote. A l’image des footballeurs de la coupe du monde, le métissage ne pose plus de problèmes au monde de la mode et devient même parfois un atout. Et cette tendance va aller en s’accroissant. Au cinéma, également, avec le boum de la Chine et de la Corée, les Asiatiques sont de plus en plus demandées et on s’avance peut être vers un monde plus respectueux des différences. Par exemple, TF1 s’est engagé timidement dans une démarche qui sensibilise ses équipes à la multi-ethnicité via deux partenariats : le collectif égalité (Afrique noire et Antilles) et le Club Averroes (Maghreb). Une sensibilisation active auprès des productions pour engager des acteurs de couleur. Les choses changent.

La conquête de la beauté féminine…

Pour finir, le style de beauté d’une femme s’impose aussi avec l’Histoire, les périodes historiques. C’est l’Histoire qui modifie le corps de la femme, l’habille et la déshabille selon les aventures historiques ou religieuses. Il appartient à un modèle d’imposer sa vision de l’actualité par une attitude, une façon d’être qui correspond à l’allure de son temps.

Le “Style Kim Kardashian”

La garçonne des années 20, en chemise et pantalon correspondaient aux mouvements de libération des femmes qui réclamaient des droits. En 1940 on favorisait les modèles imposant pour montrer que la femme pouvait être forte face aux conflits. Plus récemment la mode a développé le modèle androgyne face aux revendications des mouvements libertaires. Kate Moss a été l’icône de cette époque.

Kate Moss
Kate Moss

Aujourd’hui on pourrait dire qu’on veut imposer l’idée d’une très grande tolérance et d’une acceptation de la différence. Les courbes de Kim Kardashian se conjuguent aux lignes plus épurées de Kendall Jenner. La mode, elle aussi, veut montrer qu’elle sait mettre en scène la fin d’un canon unique de beauté. Du sourire contenu de la Joconde aux exhibitions exagérées d’Emilie Ratajkowski, c’est une lente conquête de la beauté physique que nous raconte la mode.

Thierry AZZOPARDI

Flora Mathieu smoking a cigarette by Gilad Sasporta

Le Rapport entre le Photographe et son Modèle

Je suis photographe et jeune réalisatrice.

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Mais, j’ai précédemment été mannequin et comédienne. Grâce à ces expériences combinées, mon rapport à l’image a évolué au cours de ces dernières années.

Mes débuts en tant que mannequin

Lorsque j’ai commencé à poser devant l’objectif, je ressentais une grosse pression… Pour moi, il était de mon devoir de faire des propositions de pose.

Je me sentais responsable de la réussite du shoot.

C’est seulement après plusieurs shoots que j’ai réalisé que la mode était vraiment une industrie.

Une industrie dans le sens où bien que la photographie relève du domaine de l’artistique, avec l’expérience, notre corps acquiert des automatismes de poses.

Au fil des shoots, les mouvements du corps se rapprochent d’une chorégraphie.
Le corps bouge au rythme du déclencheur, à la vitesse des flashs synchronisés…

Une rencontre, un déclic

Un jour, j’ai eu la chance de faire une rencontre décisive qui a transformée ma façon de voir les choses. Ce déclic, je l’ai eu en découvrant l’univers de Gilad Sasporta, photographe talentueux pour lequel j’ai posé.
J’ai commencé à prendre la pose, comme à mon habitude. Mais à un moment donné et contre toute attente, Gilad m’a “bousculée” en me demandant de casser cette image froide quelque peu fermée que j’avais de la mode. Une première pour moi, car ce n’était pas vraiment l’attitude que l’on me demandait d’avoir d’habitude.

En effet, j’appartenais à cette catégorie dites des « gueules », qui par ailleurs fonctionne bien dans le secteur de la mode éditoriale. En d’autres termes, j’avais une image très genrée, dans le cliché Dark, donnant une attitude quelque peu inaccessible. Pour moi, j’étais cantonnée à cette allure et à cet univers.

S’approprier son image et défier les standards

Cette image, malgré certains reproches, appelle à une certaine fascination dans l’univers de la mode. J’ai aussi compris ce jour là que la mode était faite pour vendre du désir.
Avant de réaliser tout ça, j’avais une relation compliquée avec mon rôle de mannequin. Il est parfois difficile en tant que modèle de vendre et de jouer avec son corps devant un étranger et un appareil photo.
Mais finalement, une fois que vous comprenez que tout ceci n’est rien d’autre qu’un exercice, une performance artistique, tout devient plus simple.

Chaque physique et visage, développe un travail personnel, propre à son image. Moi, j’avais un visage dure et froid. Gilad m’a appris à ouvrir mon visage et à changer mon attitude face à l’objectif.
J’ai alors réalisé que plutôt que de rester dans ce style fermé, je devais au contraire travailler sur l’ouverture de mon regard et de ma personnalité.
Devenir plus accessible, donner une certaine joie, contre-balancer la froideur de
l’architecture de mon visage par un positivisme moral. Ajouter un sourire dans les yeux, décrisper la mâchoire… Jouer d’une multitude de subtilités pour créer des visuels plus profonds et captivants.

La subtilité d’un regard

Le problème, c’est que je n’y arrivais pas ! J’ai donc demandé à faire une pause et je suis sortie pour fumer. A peine avais-je entammé ma cigarette que Gilad m’a interpellée et me disant « Je veux ce regard ! ».
Là, j’ai compris que tout résidait dans la détente et la relaxation du regard. La photo fige, on attend un résultat de vous. Ainsi, le mannequin a tendance à arrêter son regard, alors que dans la vie de tous les jours celui-ci s’ouvre d’une manière différente à chaque instant. C’est alors que j’ai découvert l’essence et le secret de la subtilité d’un regard.

Flora Mathieu smoking her cigarette by Gilad Sasporta
Flora Mathieu by Gilad Sasporta

L’échange entre le modèle et le photographe

Le photographe donne des directions, le modèle doit les comprendre, les trouver
au fond de lui puis faire des propositions.
Mais le modèle seul ne se rend pas forcément compte de son regard. Il a besoin d’un
oeil extérieur pour comprendre où il doit travailler. Si la direction du photographe est bien établie cela se ressent dans la photographie. La direction du modèle est un art et un pilier du métier de photographe.

Fascinée par cette dynamique entre le modèle et le photographe, j’ai décidé de passer derrière l’objectif. Ma passion est celle de capturer des regards et des personnalités plutôt que de jouer de mon image.

La perspective de photographe

Flora Mathieu
Flora Mathieu by Gilad Sasporta

J’ai compris l’ampleur de cette pensée autour du regard depuis que je suis passée derrière l’objectif.
Quand je shootais des modèles, elles avaient beau être sublimes, si je ne les dirigeais pas bien cela se ressentait sur la photographie.

En outre, il est nécessaire d’observer le modèle, comprendre d’où il prend le mieux la lumière et quels profils et axes sont les plus avantageux pour lui.
Dans une collaboration pour un shoot, une rencontre a lieu et deux personnalités coopèrent ensemble.

Le rôle du photographe est celui d’être l’oeil extérieur qui va révéler le modèle.

Un échange au-delà des apparences

Il va sans dire mais la personnalité du sujet est très importante également. C’est elle qui va inspirer le photographe et donner de la profondeur aux visuels.

Pour moi, la photographie est un carrefour entre instants, direction du photographe et
personnalité du modèle. C’est une quête infinie au cours de laquelle chaque rencontre permet de grandir et de se remettre en question.

Et vous, quelle(s) rencontre(s) vous ont le plus fait grandir?

Partagez votre expérience avec nous en commentaire ou par email à info@elytiz.com .

Flora Mathieu

A portrait of Marine by Samatha Martinez

Pourquoi se Passionner pour la Photographie ?

Commençons par le commencement.

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Pourquoi choisir la photographie ?

Pourquoi pas surtout.
La photographie est comme n’importe quel art, un moyen de s’exprimer pour ceux et celles qui ont envie de raconter, qui ont envie de se faire écouter, de se faire lire, mais pour qui, parler ne suffit pas.

Nous sommes aujourd’hui en 2018, dans une ère numérique, une ère de l’image. L’image parle à tout le monde. A celui qui ne sait pas correctement lire comme à celui qui n’a plus envie de « perdre son temps » à lire, tout simplement. Elle parle également à celui qui ne connait pourtant pas toute l’histoire de la confection d’une image.

C’est un médium qui est également facile d’accès, toujours à cette ère du numérique. En effet, ce n’est pas comme la peinture, le dessin ou d’autres arts qui, pour être vus par un grand nombre, doivent être, eux aussi, numérisés.

Alors pourquoi la photographie ? Si l’on souhaite faire passer un message à un large public, il semble que ça reste l’un des moyens les plus rapide et efficace pour transmettre une ou plusieurs informations.

Ne serait-ce que via internet ou via les smartphones, tout le monde, ou presque, y a accès. Tout le monde ou presque, diffuse de l’image en permanence notamment sur les réseaux sociaux, pour parler de quelque chose ou simplement pour partager un événement, un paysage ou encore des clichés personnels de sa famille.

Louise's foot in a black and white picture by Samantha Martinez
Louise by Samantha Martinez

Vivre de la photographie

Alors pourquoi ? Pourquoi est-il malgré tout si difficile de vivre de la photographie aujourd’hui ?

Pourquoi est-ce si complexe alors qu’on aime tous plus ou moins l’image et que l’on en a surtout grandement besoin ?
Toutes les entreprises ou/et marques, de n’importe quel domaine confondu a besoin d’images pour se faire connaitre ou pour vendre ses produits, tout autant que nous, consommateurs, avons besoin de ces mêmes images pour les acheter ou pour prendre connaissance d’une enseigne existante.

Choisir

Lire une description ne suffit plus, il nous faut voir ce que nous souhaitons acquérir, c’est comme ça. Une question de sécurité avant tout, mais d’avoir également le choix puisqu’il est désormais possible de l’avoir. Le choix de se rétracter et d’être d’accord sur ce que nous voulons posséder, si ça rentre dans nos critères esthétiques de sélection.

Explorer

Nous avons aussi besoin de l’image plus personnellement pour voyager, visiter le monde à travers les yeux d’autres personnes ou encore pour se tenir au courant de l’actualité parce que l’information reste plus ancrée lorsqu’on la voit.
Ou encore plus simplement, pour l’amour de l’art en général, l’amour de la création, l’amour de la nouveauté, du beau et du laid, pour tous ceux qui savent s’en satisfaire en tout cas.

Créer

Artistic picture by Samantha Martinez
By Samantha Martinez

Mais voilà, depuis que l’art fait partie de l’économie du monde, il faut, en tant qu’artiste, se battre pour faire valoir ses droits, pour arriver à en vivre. Egalement depuis que la photographie est devenue accessible à une grande majorité, toujours avec cette ère du numérique. Le marché ayant été bradé, c’est une bataille de longue haleine. Avec en plus cette ère de surconsommation et de surproduction, certains photographes ont décidé de ne plus en faire leur métier car tout le monde ne peut pas ou n’est pas prêt à suivre. C’est une dure réalité.

Il n’est tout de même pas dit qu’il soit impossible de devenir ou d’être photographe. Il est simplement dit que ce métier n’est plus le même qu’il y a vingt ou trente ans. Aujourd’hui si le photographe veut vivre de son métier, il faut en plus qu’il accepte d’être un technicien plus qu’un artiste, un ouvrier plus qu’un artisan. Il faut également qu’il devienne retoucheur.

Se battre

Aujourd’hui, il y a un tel besoin de faire de l’image en masse que pour en vivre, il faut être prêt à produire et à faire un nombre incalculable de clics à la journée… Notamment dans le e-commerce qui est un des domaines où il est possible de s’assurer pour vivre de la photo. Il faut être prêt à pondre de l’image sans la compter, à facturer sous forme de forfait pour rester dans le marché et à lâcher sa fibre artistique parce que ce n’est finalement plus ce qui vous est demandé, votre côté artistique. Ce qui est fort dommage…

Gagner

C’est malgré tout une grande généralité et fatalité que de dire ça car il reste encore, et
bienheureusement, des marques ou des agences qui estiment que c’est la différence de styles d’images, de point de vue et donc la qualité de l’image qui prime sur la quantité. Là est le travail de la direction artistique. N’oublions pas qu’avant d’être un outil marketing, la photographie est avant tout un art !

A DAY IN A LIFE
A DAY IN A LIFE by Samantha Martinez

Endurer

Et c’est ce qui, personnellement me faire tenir dans ce métier de photographe, j’aime cette façon de voir les choses. J’aime cette façon de voir le métier de photographe, comme finalement il aurait toujours du perdurer. Les passionés de photographie et d’art nourrissent la fibre inventive des quelques survivants de l’industrie créative.
Je pense qu’on est simplement dans une période d’abondance et de forte compétition qui amène parfois et pour certains, à casser les prix du marché de la photographie.

Je pense et j’espère que ce n’est qu’un passage un peu rude qui tend à s’apaiser avec le temps à force de voir autant d’images si peu considérées. Je crois au perfectionnisme, à la fibre artistique et à la qualité.

Croire

Je crois en l’Art et en le « pourquoi » on a commencé à créer avec cet outil qu’est la lumière et ce médium qu’est la photographie. Etre photographe, c’est tout de même pouvoir répondre à une soif de liberté que tout le monde n’a pas aujourd’hui encore. C’est aussi un des arts qui arrive à évoluer avec son temps, avec l’ère du numérique, même si l’évolution ne va pas toujours dans le bon sens. Il y a quand même cette possibilité de pouvoir continuer à exercer comparé à d’autres arts où il est encore plus compliqué d’en vivre.

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Life by Samantha Martinez

Se passioner

Mais finalement, peu m’importe si un jour je n’arrive plus à vivre de la photographie. Aujourd’hui je trouve des compromis qui me permettent de m’y retrouver mais si un jour il me faut arrêter ce métier parce que les compromis deviennent invivables, ce n’est pas pour autant que j’arrêterais la photographie. Etre photographe c’est bien plus qu’un simple métier. C’est un réel moyen de s’exprimer, une véritable passion.
«Pour moi, la photographie est un terrain d’entente, une paix.
Je veux que quand les gens voient mon image, je veux qu’ils soient d’accord. »

Samantha Martinez

Dash by Laurent Becotruiz

Pourquoi ai-je créé Elytiz?

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Je vais vous raconter pourquoi j’ai lancé le projet Elytiz: un hub dédié aux mannequins et photographes professionnels.

Tout d’abord, parlons de la profession de mannequin.

Pourquoi? Tout simplement parce que j’en sais plus sur le mannequinat que sur la photographie, étant moi-même mannequin en agence depuis 8 ans.

Etre mannequin est un travail intéressant à bien des égards.

En outre, cette profession suscite à la fois des critiques et une sorte de fascination.

Elle fait rêver certaines personnes mais elle est également associée à des tonnes de clichés tels que :

  • “Les mannequins ont une vie facile et n’ont rien dans la cervelle.”
  • “Il faut juste être bien né(e) pour devenir un mannequin.”

Étant donné que les modèles travaillent principalement avec leur apparence, il en résulte une grande confusion qui mérite éclaircicement.

La vérité est que si vous regardez le monde du mannequinat de l’extérieur, il est plein de mystères et d’histoires inédites. (Au passage, le blog a notamment pour objectif de s’attaquer à ces sujets.)

A propos de l’histoire d’Elytiz…

Tout a commencé quand je me suis lancée dans le milieu de la photo. Je dirais que c’était un peu par accident, mais je réserve ce sujet pour un autre article.

En bref, je suis mannequin pub et comédienne. Au cours des 8 dernières années, j’ai eu l’occasion de travailler et de voyager à travers l’Europe, aux États-Unis et en Asie.

Bien qu’à l’époque j’aie réussi à construire un réseau décent à Paris, chaque fois que je rentrais en France, c’était comme si je devais tout reprendre à zéro.

Construire un réseau et voyager

En construisant un bon réseau, j’entends être régulièrement appelée par mes agences pour des castings de qualité, être tagguée sur des annonces de casting pertinents sur les réseaux sociaux, recevoir des messages et des demandes régulières de la part de photographes qualifiés et de marques sympa. Cela ne veut pas dire que j’ai forcément gagné beaucoup d’argent à ce stade, mais cela montre clairement que mon dur labeur avait porté ses fruits.

Malheureusement, dès que je partais vivre quelques mois dans un autre pays, non seulement devais-je partir de zéro sur ce nouveau marché. Je devais aussi “réactiver” tout mon réseau et mon activité une fois de retour à Paris.

Lorsqu’on est quelqu’un qui aime profondément voyager, vous pouvez imaginer la frustration que cela peut engendrer.

Cela a soulevé la question suivante:

Pourquoi est-il si chronophage de devoir se créer un nouveau réseau chaque fois que vous changez de pays?

Mettons de côté le fait que, d’une part, il faille en apprendre davantage sur la culture et les pratiques générales du nouveau pays dans lequel on vit. Nonosbtant que les normes de beauté et le sens de l’esthétique soient très différents d’un pays à l’autre un.

J’ai cependant découvert que, quel que soit le pays dans lequel je vivais, le processus de recherche de photographes avec qui collaborer est relativement le même partout.

Trouver des portfolios qui me plaisent

Quand j’arrive dans un nouveau pays sans qu’une agence ne m’y ait envoyée, je découvre les plateformes dédiées à la mise en relation entre professionnels localement les plus utilisées et passe des heures à trouver des portfolios de photographe qui me plaisent. Puis, j’envoie des demandes un peu partout. Parfois, je n’obtiens pas de réponse, parfois on me demande de payer pour le shoot et parfois, je finis par trouver le bon candidat pour une collaboration. Cela peut sembler décourageant et, malheureusement, selon l’endroit où l’on se trouve, chercher des personnes avec lesquelles on souhaite collaborer peut prendre énormément de temps.

Gérer les demandes entrantes

Et cela va dans les deux sens : lorsqu’on est modèle, on est régulièrement sollicité(e) et on doit rejeter des demandes ou envoyer nos tarifs. Ce n’est ni commode ni agréable. Personnellement, je déteste faire ça. Certains photographes ont une approche très sympathique et demandent politement des collaborations. Le problème est que lorsqu’on sent que leur travail ne correspond pas à notre book, une collaboration serait faire mauvais usage de son temps (hormis pour le côté intéressant humainement). De plus, on ne peut pas risquer d’avoir des images qui ne correspondent pas au branding personnel que l’on se crée. Mais il est délicat de “rejeter une collaboration” et encore une fois, je déteste le faire. J’aimerais pouvoir le faire moins souvent.

Planifier de séances photos

Ensuite, une fois que j’ai trouvé quelqu’un avec qui collaborer, je dois planifier la séance photo. Cela peut prendre quelques semaines, voire plusieurs mois, avant de trouver un créneau horaire qui fonctionne pour le photographe et moi.

Les plus courageux iront même chercher une équipe artistique comme une maquilleuse, un(e) styliste et un(e) coiffeuse… Ensuite, encore faut-il travailler sur le concept du shoot, trouver le lieu, etc.

Obtenir les images du shoot et les partager

Ce n’est pas comme si le travail était terminé à la fin de la séance photo. Après cela, il faut être patient et espérer obtenir les images à un moment donné. Dans l’idéal, pas 6 mois plus tard (ou jamais), lorsque vos cheveux auront poussé, votre teint aura changé et les photos ne seront pas assez récentes pour vos agences et vos clients.

Ensuite, vous devez choisir les meilleurs à mettre dans votre book et à partager avec les agences et sur vos réseaux sociaux.

Pour moi, même cette partie du travail m’est pénible. Personnellement, j’ai du mal à choisir les bonnes images pour me vendre et obtenir plus de jobs.

Mieux travailler avec les agences

Je suis également frustrée par le fait d’avoir à attendre après mes agences pour être envoyée sur des castings. Et j’en ai assez de leur dire que je leur enverrai sous peu de nouvelles photos mais fini par ne rien envoyer car je n’ai jamais reçu mes photos ou parce qu’elles sont déjà trop vieilles.

J’aimerais pouvoir être plus proactive envers mes agences et faire moi-même une partie du travail, même si je dois l’apporter ensuite à mes agences.

Chacune des étapes que j’ai mentionnées prend du temps. Elles créent de la frustration. Elles sont parfois source de confusion, de malentendus et de pertes de temps.

Tellement de travail pour finalement pouvoir s’éclater en shoot et à créer des liens avec de nouvelles personnes.

Tant d’étapes sont nécessaires pour améliorer son book constamment…!

Je dirais qu’être mannequin représente 90% du temps nécessaire à la réalisation de tâches ennuyeuses pour 10% de pur bonheur et de plaisir.

Infographic illustrating the life of a model perceived by different people: friends, family, society, agencies, and models themselves
Funny infographic about modeling

Ne vous méprenez pas, je trouve que les 10% en valent tout à fait la peine! Je ne serais pas resté dans l’industrie autrement.

Cependant, je pense que le curseur pourrait être déplacé vers un meilleur équilibre entre les tâches ennuyeuses et le plaisir d’être un modèle. Je pense qu’il faudrait consacrer plus de temps à la créativité et à la performance qu’aux activités nécessaires mais déplaisantes.

Bien que j’aie exploré de nombreuses plates-formes et applications mobiles potentielles, je n’en ai trouvé aucune qui me permettrait d’économiser suffisamment de temps et qui serait véritablement dédiée aux photographes et aux modèles professionnels.

J’ai donc décidé de créer une application.

L’application de mes rêves. Celle qui faciliterait ma vie de mannequin.

Cela dit, le but n’est pas de concevoir une application pour moi-même!

Je veux créer une application qui sera utile à d’autres personnes.

Je veux co-créer cette application avec d’autres professionnels de l’industrie de la mode. Avec des gens qui auraient connu les mêmes défis que moi, ou encoredes défis plus importants.

Construire un project impactant axé sur les besoins réels des mannequins et des photographes.

Je veux entendre parler des problèmes quotidiens du photographe et du modèle.

Je veux les aider à développer leur book et leur carrière avec ce que j’ai appris au cours des dernières années.

Parce que c’est fun.

Parce que j’aime les passionnés.

Parce que j’aime voir les gens rêver et grandir.

Parce que je pense que l’industrie peut gagner en efficacité.

Parce que j’aime les relations humaines que l’on peut développer dans cette industrie.

Par conséquent, je cherche à rassembler une communauté de personnes qui souhaitent concevoir l’application de leurs rêves avec moi.

Avec petites ou grandes contributions. Temps, idées, opinions, soutien sur les réseaux sociaux … Aucune contribution n’est trop petite!

C’est aussi simple que ça.

J’ai besoin de mannequins et de photographes pour me dire ce qu’ils aiment et ce qui les fait rêver. Je veux qu’ils me disent comment leur rendre la vie plus facile et agréable.

Alors contactez-nous si vous voulez faire partie de l’aventure, il existe une multitude de se joindre à nous !

Contactez-nous en nous écrivant à info@elytiz.com et suivez-nous 🙂 https://instagram.com/elytiz_casting/

Dash
Fondatrice déterminée d’Elytiz

Strong high fashion cliché of an idle model in the sun that illustrates the meaning of the article.

La Photographie est Morte, Longue Vie à la Photographie

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OU COMMENT SURVIVRE DANS UNE PRISON DOREE?

Des peintres aux photographes

Tout comme la peinture a dû survivre à l’expansion et au développement des appareils photo au siècle dernier, la survie de la photographie en tant qu’art est maintenant menacée. (Je développe cette idée dans mon livre «ART [GUMENT] Vol.II.») En effet, les appareils photos deviennent omniprésents dans notre vie. Ils sont notre principal moyen de communication. Ils deviennent de plus en plus petits. Ils sont disponibles partout et pour tout le monde. Ils entrent dans vos poches et il est incroyablement naturel de prendre un cliché rapide et de le partager avec le monde entier.

relexion on society by the French photographer Laura Ma
Creation of Laura Ma

La peinture était un excellent moyen de décrire ce que nos yeux voyaient comme une reproduction imparfaite de la réalité. (Concept développé par Aristote avec la notion de Mimesis.) Maintenant, les appareils photo peuvent capturer la réalité avec un niveau de précision visuelle que la peinture ne pourrait jamais atteindre.

En fait, les peintres n’avaient d’autre choix que de peindre et de retranscrire la réalité à leur manière. C’est ainsi que beaucoup de nouvelles manières de peindre ont vu le jour dans le passé : impressionnisme, cubisme, abstraction, pop-art, art conceptuel…. Il était temps de voir, de ressentir et de peindre différemment.

Même histoire, même combat.

Il est maintenant temps de voir, de ressentir et de saisir la réalité différemment. Tout le monde peut prétendre être photographe, avec un tout nouvel appareil photo reflex ou tout simplement avec un smartphone très coûteux. Aujourd’hui, la photographie ne consiste pas seulement à appréhender parfaitement la réalité. Certes, tout le monde peut prendre instantanément une photo de n’importe où… Et n’est-il pas normal d’avoir plus de deux appareils photo à la maison ? Procurez-vous simplement un smartphone et un appareil et vous y voilà.

Ainsi, grâce au grand WWW, tout le monde peut partager ses photographies et avoir son propre public et ses propres fans. C’est le pouvoir de l’ère numérique. Nous avons probablement déjà vu des milliards et des milliards d’images de partout: publicités dans les rues, publicités à la télévision, médias sociaux, télévision, journaux, internet… La publicité est partout. Les gens sont nourris avec des tonnes d’images et ils ne peuvent pas contrôler ça. Ils ne peuvent pas choisir librement ce qu’ils vont manger, aimer et porter…

Mais vous ne vous souvenez pas?
“La liberté, c’est de pouvoir choisir celui dont on sera l’esclave. ” Jeanne Moreau.

Alors, de qui serez-vous l’esclave?

L’incidence alarmante de l’anxiété et de la dépression chez les enfants et les jeunes, la pression sociale et émotionnelle caractérise notre décennie… Les gens sont désormais les propres publicistes de leur vie.

composition by the french photographer Laura Ma criticizing society and the image that women need to sustain to please.
Beauty Queen by Laura Ma

C’est ainsi que nous devenons un symbole de succès dans le paradis du capitalisme… Un consumérisme sans fin encourage les créatifs et leurs patrons à vendre de plus en plus et à alimenter une quête perpétuelle du bonheur. Les créatifs doivent bricoler une colonne avec ou sans une bonne idée, parfois même sans idée du tout, uniquement pour vendre. Oui, c’est difficile pour la société et pour les créatifs: il y a tellement de pression, de manque de liberté, de concurrence, d’inspiration contre créative et d’abus.

La photographie a changé et il faut aussi s’adapter.

Tout le monde peut prendre une photo et alimenter ses pages de médias sociaux.
Mais alors, comment allez-vous vous démarquer de la foule?
Pour moi, tout est question de crédibilité, de qualité et de travail. Vous devez trouver votre image de soi et votre marque personnelle au plus profond de vous-même, car les appareils photo ne sont pas assez intelligents pour faire de tout le monde un grand photographe.
Pour se distinguer de milliards de personnes à travers le monde, vous devez être unique, capturer votre propre réalité et lui donner votre propre signification… N’ayez pas peur de partager cela avec votre appareil photo. Exprimez le ! L’art est la réponse à toutes les afflictions de notre monde moderne.

«Le but de l’art est de laver la poussière de la vie quotidienne au large de nos âmes…» – Picasso

Eh bien, voici un conseil extrêmement précieux pour survivre à ce monde, enfin ! Rester fidèle à soi-même. Ne pas être la copie de quelqu’un d’autre ou un stéréotype. Entourez-vous de famille, d’amis et d’individus positifs. Restez concentré et engagé sur votre objectif et sur ce que vous faites le mieux. Soyez votre propre patron et essayez de rester déconnecté chez vous. MEMENTO MORI :).

Illustration of the feeling of being trapped in a selfless appearance
Trauma II by Laura Ma

En savoir plus sur Elytiz

By Laura Ma www.laurama.net

Etre Photographe à Travers les Epoques

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Fonctions du photographe : la mode sans clichés

Cartier Bresson disait : « Photographier c’est mettre sur la même mire la tête, l’oeil et le coeur ». Cette définition va nous aider à mieux comprendre la fonction du photographe au fil des décennies et des tendances. En effet, selon les époques et tendances, le photographe a privilégié l’un de ces trois organes.

Le cœur à l’ouvrage…

On peut commencer par les photographies sensuelles correspondant aux années de libération des sixties. A cette époque William Klein, David Bailey ou Peter Knapp sont les témoins de cette révolution sociale.  Brigitte Bardot à St Tropez devient vite l’icône de cette génération.

Dix ans après, alors que la femme se libère, Helmut Newton exprime l’angoisse masculine de la femme qui saisit le sceptre du pouvoir. Les années 80, sont plutôt placées sous des signe de cérébralité exacerbée avec le mouvement du grunge. On s’attaque au fantasme glamour avec la critique de l’idée de luxe. Mannequins au look de toxicomane, vêtements déchirés sur fond de crise urbaine.

Dans la lignée d’une Nan Goldin, des photographes comme Juergen Teller ou Craig McDean développent un style trash qui est entré dans l’histoire. Pour la première fois des photographes de mode sont exposés dans des musées et des galeries.

Trash and grunge style created by Craig McDean
Craig McDean beauty shot trash pose

Photographe de tête…

Aujourd’hui, le photographe est revenu à un style plus chic. La grande révolution du photographe c’est qu’il n’est plus seul devant son obturateur. Le travail ne se passera plus dans une chambre noire à développer ses films comme un physicien. La retouche va se jouer sur Photoshop et l’ordinateur a remplacé les sensibilités de son papier argentique. C’est avec beaucoup de nostalgie qu’il touche encore un film Ilford ou caresse le dos de son premier Leica. Il était déjà artiste avec son appareil : il devient aussi informaticien, maquilleur de retouche photo, magicien des grands fantasmes nés de la technologie moderne.

Tout le monde se souvient de l’émotion quand on a appris que Claudia Cardinale, sur l’affiche du Festival de Cannes, avait été retouchée pour paraître plus mince. Ses jambes ont été étirées : sa cheville est amincie et un morceau de cuisse a disparu. Même ses pieds ont rétréci. Magie des ordinateurs : une photographie aujourd’hui n’est plus jetée à la poubelle pour un moindre détail : on gomme, on transfert, on rogne…Le photographe est un homme orchestre qui doit manipuler beaucoup plus de techniques que ces prédécesseurs . A l’heure où tout le monde peut faire une très belle photo avec un Iphone il doit faire la différence. Sophistiquée, la photo?  Bien sûr, la photographie ne renvoie pas seulement à elle-même. Derrière la pose d’un modèle, on devine une référence à Botticelli, Rembrandt, Renoir…

L’influence de la photographie dans la culture

La photographie se positionne dans un réseau culturel intense.

Group of diverse models interacting together
Steven Klein for Calvin Klein

Par exemple, Steven Klein est un photographe iconique. À 52 ans, ce photographe contribue régulièrement pour iD, Numéro ou W. Il a shooté une campagne de Dior en 1985, Eva Mendes pour Calvin Klein ou encore Madonna pour Dolce & Gabanna, puis Lady Gaga en 2010 où il réalisait le clip « Alejandro » de la chanteuse et plus récemment, en 2012, pour le lancement de son parfum « Fame ». Son inspiration ? En faisant les beaux arts, il s’est penché sur le style de Picasso et Bacon. Ses sujets sortent tout droit de l’imaginaire délirant du Surréalisme.

Les grands photographes ont une culture de la photo mais également une culture graphique, et savent interpréter les lignes de l’architecture. Et surtout, comme les modèles, ils sont à l’écoute de leur époque. Quand on fait une photo on n’appuie pas sur un obturateur : on crée des symboles qui résument un état d’esprit moderne. Au 19ème siècle, Victor Hugo créait le mythe de La Esmeralda… Aujourd’hui, c’est le photographe qui doit engendrer une image hors norme qui interrogera notre imaginaire et sera déclencheur de fantasmes nouveaux.

Avoir l’oeil….

Le photographe doit s’adapter à son époque et laisser parler ses émotions, son regard critique ou sa réflexion. Dans tous les cas, sa fonction est devenue majeure dans notre société d’images. C’est lui qui va créer l’icône. On se souvient du film de Roger Vadim :

Le photographe est un Dieu qui crée la femme. Il donne sa vision des femmes et en même temps influe sur l’image et l’existence de ces dernières.

Helmut Newton, pour sa part, a donné naissance au mythe de la femme dominatrice. Et surtout il amène la photo de mode en dehors des clichés du modèle qui pose sur une plage : « Une bonne photographie de mode doit ressembler à tout sauf à une photographie de mode. A un portrait, à une photo souvenir, à un cliché de paparazzi » confiait le maître.

Helmut Newton conveys the idea that women are dominants and powerful
Powerful woman by Helmut Newton

Le photographe de mode entre dans la mise en scène de son modèle. Fini pour le photographe de mode les photos style La Redoute. On ne vend pas, on éveille les sens. Le vêtement n’est plus désormais qu’une pièce dans la composition de la photographie. Tout autour de lui, on vend un univers de rêve dans lequel un couturier vous fait entrer.

C’est à ce titre que le photographe est avant tout artiste. Et qui dit artiste dit marché de l’art. Avec toutes les possibilités du marché de l’art. Un photographe de mode aujourd’hui peut avoir des difficultés à boucler ses fins de mois ou recevoir comme Patrick Demarchelier ou Peter Lindbergh, 600 000 euros pour une photo de publicité ! Certains tirages de Helmut Newton atteignent facilement 400 000 euros…

Alors aiguisez vite votre œil…C’est là que se trouve l’Eldorado !

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Thierry A.