Le Rapport entre le Photographe et son Modèle

Je suis photographe et jeune réalisatrice.

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Mais, j’ai précédemment été mannequin et comédienne. Grâce à ces expériences combinées, mon rapport à l’image a évolué au cours de ces dernières années.

Mes débuts en tant que mannequin

Lorsque j’ai commencé à poser devant l’objectif, je ressentais une grosse pression… Pour moi, il était de mon devoir de faire des propositions de pose.

Je me sentais responsable de la réussite du shoot.

C’est seulement après plusieurs shoots que j’ai réalisé que la mode était vraiment une industrie.

Une industrie dans le sens où bien que la photographie relève du domaine de l’artistique, avec l’expérience, notre corps acquiert des automatismes de poses.

Au fil des shoots, les mouvements du corps se rapprochent d’une chorégraphie.
Le corps bouge au rythme du déclencheur, à la vitesse des flashs synchronisés…

Une rencontre, un déclic

Un jour, j’ai eu la chance de faire une rencontre décisive qui a transformée ma façon de voir les choses. Ce déclic, je l’ai eu en découvrant l’univers de Gilad Sasporta, photographe talentueux pour lequel j’ai posé.
J’ai commencé à prendre la pose, comme à mon habitude. Mais à un moment donné et contre toute attente, Gilad m’a “bousculée” en me demandant de casser cette image froide quelque peu fermée que j’avais de la mode. Une première pour moi, car ce n’était pas vraiment l’attitude que l’on me demandait d’avoir d’habitude.

En effet, j’appartenais à cette catégorie dites des « gueules », qui par ailleurs fonctionne bien dans le secteur de la mode éditoriale. En d’autres termes, j’avais une image très genrée, dans le cliché Dark, donnant une attitude quelque peu inaccessible. Pour moi, j’étais cantonnée à cette allure et à cet univers.

S’approprier son image et défier les standards

Cette image, malgré certains reproches, appelle à une certaine fascination dans l’univers de la mode. J’ai aussi compris ce jour là que la mode était faite pour vendre du désir.
Avant de réaliser tout ça, j’avais une relation compliquée avec mon rôle de mannequin. Il est parfois difficile en tant que modèle de vendre et de jouer avec son corps devant un étranger et un appareil photo.
Mais finalement, une fois que vous comprenez que tout ceci n’est rien d’autre qu’un exercice, une performance artistique, tout devient plus simple.

Chaque physique et visage, développe un travail personnel, propre à son image. Moi, j’avais un visage dure et froid. Gilad m’a appris à ouvrir mon visage et à changer mon attitude face à l’objectif.
J’ai alors réalisé que plutôt que de rester dans ce style fermé, je devais au contraire travailler sur l’ouverture de mon regard et de ma personnalité.
Devenir plus accessible, donner une certaine joie, contre-balancer la froideur de
l’architecture de mon visage par un positivisme moral. Ajouter un sourire dans les yeux, décrisper la mâchoire… Jouer d’une multitude de subtilités pour créer des visuels plus profonds et captivants.

La subtilité d’un regard

Le problème, c’est que je n’y arrivais pas ! J’ai donc demandé à faire une pause et je suis sortie pour fumer. A peine avais-je entammé ma cigarette que Gilad m’a interpellée et me disant « Je veux ce regard ! ».
Là, j’ai compris que tout résidait dans la détente et la relaxation du regard. La photo fige, on attend un résultat de vous. Ainsi, le mannequin a tendance à arrêter son regard, alors que dans la vie de tous les jours celui-ci s’ouvre d’une manière différente à chaque instant. C’est alors que j’ai découvert l’essence et le secret de la subtilité d’un regard.

Flora Mathieu smoking her cigarette by Gilad Sasporta
Flora Mathieu by Gilad Sasporta

L’échange entre le modèle et le photographe

Le photographe donne des directions, le modèle doit les comprendre, les trouver
au fond de lui puis faire des propositions.
Mais le modèle seul ne se rend pas forcément compte de son regard. Il a besoin d’un
oeil extérieur pour comprendre où il doit travailler. Si la direction du photographe est bien établie cela se ressent dans la photographie. La direction du modèle est un art et un pilier du métier de photographe.

Fascinée par cette dynamique entre le modèle et le photographe, j’ai décidé de passer derrière l’objectif. Ma passion est celle de capturer des regards et des personnalités plutôt que de jouer de mon image.

La perspective de photographe

Flora Mathieu
Flora Mathieu by Gilad Sasporta

J’ai compris l’ampleur de cette pensée autour du regard depuis que je suis passée derrière l’objectif.
Quand je shootais des modèles, elles avaient beau être sublimes, si je ne les dirigeais pas bien cela se ressentait sur la photographie.

En outre, il est nécessaire d’observer le modèle, comprendre d’où il prend le mieux la lumière et quels profils et axes sont les plus avantageux pour lui.
Dans une collaboration pour un shoot, une rencontre a lieu et deux personnalités coopèrent ensemble.

Le rôle du photographe est celui d’être l’oeil extérieur qui va révéler le modèle.

Un échange au-delà des apparences

Il va sans dire mais la personnalité du sujet est très importante également. C’est elle qui va inspirer le photographe et donner de la profondeur aux visuels.

Pour moi, la photographie est un carrefour entre instants, direction du photographe et
personnalité du modèle. C’est une quête infinie au cours de laquelle chaque rencontre permet de grandir et de se remettre en question.

Et vous, quelle(s) rencontre(s) vous ont le plus fait grandir?

Partagez votre expérience avec nous en commentaire ou par email à info@elytiz.com .

Flora Mathieu

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